Faire œuvre en cuisine. 27 mars-29 avril 2022

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HORS GEL (2022) Installation culinaire participative.

Sur Le Plan

Soupe froide céleri coco, gressinades : piquillos-fromage frais, pois chiche menthe, tapenade olive noire, artichaut-parmesan.

Crumble noisette et amande, compoté pomme caramel beurre salé, poire hibiscus

Sur Le Barre

Liqueur de noisette, de citron, d'orange café, de betterave, vin de prunelier, vin d'aubépine, sirop d'aubépine, sirop de fleur de romarin, eau.

Sixième volet des « repas suspendus », l’installation Hors gel est un 4 mains avec Lucie Malbéqui, plasticienne.

Conçues à 4 mains, les céramiques (verres, bols, coupelles, outils, bouteilles, suspensions) sont le fruit de plusieurs temps de travail à la Maison des arts plastiques Rosa Bonheur. La vaisselle organique, géométrique, ou parfois élémentaire, accueillera des préparations culinaires du restaurant In Vino Tapas. Les deux plasticiennes qui habituellement cuisinent elles-mêmes pour leurs installations, confectionneront des agapes sucrées (chocolat, cailloux volcaniques, gressins) ainsi que des liqueurs, vins et sirops. 

Comme une lente promenade, les photographies présentées sont les motifs d’un entre-temps : un sol creusé par l’érosion où stagne de l’eau verte, des fleurs dunaires brassées par le vent d’été et une série de fleurs comestibles gelées. Le mur mimosa nous fait sortir de l’hiver et appelle un printemps enivrant. Devant lui, une série de bouteilles montées sur poulies se transforment en bar au moment opportun. Le plan de travail suspendu, bien entouré de ses ustensiles, témoigne des gestes et petites préparations passés ou à venir. La nature est proche, la cristallisation se fera dans l’instant, par un sourire, ou un regard. 

 

Présentée à la Maison des Arts Plastiques Rosa Bonheur, du 27 mars au 29 avril 2022

L’exposition « Faire oeuvre en cuisine » est une invitation à l’expérimentation et au partage. Au gré de votre déambulation vous découvrirez par exemple, de précieuses plantes carnivores et vous vous aventurerez dans des expériences culinaires multiples. Vous pourrez également admirer des sculptures participatives, vous apprécierez les métamorphoses de la cire d’abeille ou peut-être vous risquerez-vous à dévorer un minotaure ? 

Loin de se concentrer uniquement sur la notion de spectacle collectif du quotidien que l’on retrouve habituellement dans les nombreuses expositions ou événements performatifs sur ce thème, « Faire oeuvre en cuisine » permet d’appréhender le monde actuel par les questionnements liés à notre alimentation et son évolution. 

La relation entre art et nourriture sillonne l’histoire de l’art. Bien avant le XVIIème siècle, où la peinture flamande a donné ses lettres de noblesse au genre de la nature morte, les scènes de banquets fleurissent sur les murs des domus Antiques et autres amphores. Chaque siècle donne une signification au repas et à ses rituels. Chaque artiste tente d’exprimer cette scène de vie à la fois quotidienne et extraordinaire. La table revêt un sens symbolique selon l’espace et le temps qui l’accompagne. Il faudra attendre les avant - gardes du XXème siècle pour voir apparaitre l’aliment réel dans l’art avec les banquets expérimentaux futuristes, dadaïstes et surréalistes. Jusqu’alors glorifié voire magnifié, le tournant des années 60 et l’arrivée de la société de consommation va réinterroger notre rapport à la nourriture. 

La particularité des propositions artistiques présentées, est qu’elles ont en commun un rapport ontologique à la nourriture. Qu’il s’agisse des sculptures et installations de Karine Bonneval, et d’Emma Bourguin, ou encore les fleurs comestibles de Fanny Maugey et les tableaux éphémères de Marjorie Brunet, elles mettent en exergue une relation au temps de la métamorphose de la matière d’un point de vue physiologique et sociologique.

Ce qui se joue ici, n’est pas une simple archéologie de la nourriture qui chercherait à comprendre notre civilisation contemporaine mais bel et bien une réflexion sur la compréhension de l’être par l’expérience de faire oeuvre en cuisine. 

Hélène Barrier, Karine Bonneval, Emma Bourgin, Marjorie Brunet, Lucie Malbéqui et Fanny Maugey sont fascinées par les possibilités créatives de la nourriture autant que par les enjeux sociétaux actuels qu’elle soulève. Elles mettent en lumière les vertus collectives de la nourriture et de faire repas, elles y interrogent également le rôle de la femme, de l’écologie ou encore notre passé colonial. « Faire oeuvre en cuisine » propose un archétype de la vie humaine interpellant le spectateur et le faisant interagir avec l’oeuvre à travers la notion de parcours, les manipulations et les modes de consommations offertes lors de l’exposition. 

Et s’il s’agissait d’une métaphore ? 

D’oeuvres en oeuvres, cette exposition se révèle. Il s’agit d’une Xenia, ce concept grec d’hospitalité dans laquelle chaque oeuvre, performance et expérimentation deviennent un présent offert au spectateur pour le mener à une rencontre privilégiée entre le quotidien et l’art tout en se reconnectant à la dimension éthique et sociologique de l’aliment. L’occasion de mettre en commun et transmettre des savoirs et des savoir-faire qui mènent à l’expérimentation d’un fait de civilisation pour mieux se comprendre et vivre ensemble. 

Madeleine Filippi, mars 2022